[Actu] Internet, ce machin décentralisé
Le 15 décembre dernier, dans une émission sur Radio-Courtoisie, Jacques Myard, député UMP des Yvelines proposait de nationaliser Internet. Il ne s’agit plus de bloquer ou filtrer tel type de sites, mais simplement tout le pays. « Les chinois l’ont fait » argumente t-il. Et pourquoi faire ? Contrer les attaques et se libérer de la « mainmise des Etats-Unis » sur le transfert de données. Et comment ? Bin en se dotant « d’une batterie d’ordinateurs très puissants ».
Extrait : «La vérité est que le réseau internet aujourd’hui est totalement pourri. Et quand je dis pourri, c’est que peut-être nous avons tous dans notre réseau internet des chevaux de Troie qui vont se réveiller peut-être dans un an, peut-être dans 18 mois, peut-être demain matin. C’est un réel problème et j’espère qu’on va prendre conscience de la nécessité de nationaliser ce réseau, et d’avoir la capacité de mieux le maîtriser. Les chinois l’ont fait. Notamment car c’est un réseau qui est complétement dans la main des américains. Indépendamment du fait que si vous communiquez un tas d’informations économiques non seulement ils sont capables de casser tout ce qui est crypté – ils en ont les moyens car je sais que nous avons aussi le moyen de le faire – et donc c’est un réseau qui n’est absolument pas sécurisé. Aujourd’hui, à la limite, si vous devez envoyer quelque chose qui est assez confidentiel à quelqu’un, il vaut mieux écrire et le mettre à la poste, ça a plus de chance de passer inaperçu que si vous communiquez par l’électronique et Internet».
« La vérité est que le réseau internet aujourd’hui est totalement pourri. »
On retrouve des traces de ce discours dans un rapport de 2008 sur le monopole des jeux au regard des règles communautaires, co-présenté avec Emile Blessig. Le même Jacques Myard y écrit : « Du fait de la nature décentralisée et mondiale d’un instrument tel qu’Internet, il est extrêmement difficile pour un Etat de parvenir à bloquer indéfiniment des sites. » Un constat à double-tranchant qui peut découler soit sur « le blocage est techniquement inefficace », soit sur « et bien il suffit d’avoir un Internet centralisé et national ».
Un an plus tard, il évoquait déjà ces super ordinateurs lors des débats en séance sur l’article 50 du projet de loi sur les jeux en ligne : « Si le blocage ne peut pas être efficace, il faut aller se coucher, c’est terminé (..). C’est vrai qu’il existe des possibilités de fuite par un système de miroirs. Je ne suis pas ingénieur, mais des sociétés françaises, qui ont notamment travaillé dans l’industrie militaire, nous disent qu’il est parfaitement possible de bloquer, sinon la totalité, en tout cas 98 à 99 % des sites. Mais cela demande des moyens technologiques puissants ! Nous pouvons y parvenir, j’en suis convaincu ; mais, pour cela, monsieur le ministre, l’ARJEL aura besoin d’ordinateurs puissants. Je connais un peu l’industrie de l’armement et je sais que cela existe. Mais il est clair qu’il ne faudra pas lésiner sur les moyens !. »
Interrogé par nos soins, l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) répond n’avoir « aucune déclaration à faire sur les déclarations d’un homme politique ». Le groupe UMP à l’Assemblée nationale, contacté par Nouvelobs.com, a de son côté expliqué : « ce n’est pas une position propre au groupe, le sujet n’ayant pas été abordé ».
Toujours lors de l’examen de la loi sur les jeux en ligne, soutenant le filtrage des sites via une procédure administrative, il critiquait fortement le fait d’avoir dit-il copier Hadopi : « C’est marcher sur la tête. On a eu la trouille du Conseil constitutionnel. » Plus tôt lors de la censure de la loi Création et Internet par les Sages, le député remettait en cause la décision : Ce faisant, le Conseil Constitutionnel ne joue-t-il pas les apprentis-sorciers en obligeant le recours au juge pour suspendre l’accès à internet ? Avant de déclarer : « Dans la logique du Conseil Constitutionnel, il faudra tôt ou tard un décision du juge pour couper l’eau, le gaz ou l’électricité des mauvais payeurs! »

Je ne sais pas où en est ce projet de loi aux Etats-Unis : « Un projet de loi autoriserait Obama à couper des pans entiers d’Internet » ( http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/04/07/un-projet-de-loi-autoriserait-obama-a-couper-des-pans-entiers-d-internet_1177880_651865.html ).
Plus nos sociétés dépendront d’Internet, et plus ce type de besoin se fera sentir. Comment se prémunir d’une cyber-attaque qui pourrait paralyser le pays tout en conservant un réseau neutre, libre et ouvert ? Rappelons, par exemple, la cyber-attaque dont a été victime la Géorgie l’année dernière ( http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39388903,00.htm ).
l-_-l
18 déc 09 à 13:26
Le projet de loi aux Etats-Unis est le S.773 – Cybersecurity Act of 2009, et il est toujours au stade de proposition au Sénat.
http://www.opencongress.org/bill/111-s773/text
Astrid Girardeau
18 déc 09 à 13:40
Aujourd’hui, à la limite, si vous devez envoyer quelque chose qui est assez confidentiel à quelqu’un, il vaut mieux écrire et le mettre à la poste, ça a plus de chance de passer inaperçu que si vous communiquez par l’électronique et Internet
-> et c’est pour ça qu’il fallait dé-nationaliser la Poste alors ? Hein j’ai rien compris ?
Jean-no
19 déc 09 à 10:13
[...] a pu faire doucement rigoler quand le député UMP Jacques Myard a déclaré vouloir nationaliser Internet. «Les chinois l’ont fait» argumentait-il alors, tout en expliquant qu’avec «une batterie [...]
Le jour où l’Internet chinois s’éveillera (chez nous) | Owni.fr
5 jan 10 à 19:09