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[Edito] 3615 Internet

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«Nous étions moins d’une dizaine et pour la plupart n’avions jamais eu la moindre activité politique. Et pourtant, nous avons pu empêcher le gouvernement de faire passer une loi à nos yeux inutile et dangereuse », écrit Laurent Chemla dans Confessions d’un voleur (2002).

Retour en 1996. Un amendement donne à une autorité administrative le pouvoir de « contrôler les contenus » sur Internet. Et d’obliger les prestataires techniques au filtrage. L’objectif : bloquer l’accès aux contenus illégaux, notamment pédopornographiques. L’Association des Utilisateurs d’Internet (AUI), à laquelle Laurent Chemla fait référence, se bat contre. Un recours est déposé devant le Conseil Constitutionnel. Qui le censure. L’auteur de cet amendement est aujourd’hui à Matignon.

En 1998, altern.org, hébergeur gratuit et sans publicité monté par Valentin Lacambre, s’arrête suite à la publication de photographies d’Estelle Halliday nue sur l’un des sites hébergés. Ce sont 45.000 sites web qui sont fermés. L’arrêt est rendu par l’actuelle présidente de la Hadopi.

On prend les mêmes et on recommence ?

La loi Loppsi oblige les fournisseurs d’accès à bloquer une liste noire de sites signalés par une autorité indépendante. Le motif : empêcher les internautes français de tomber par hasard sur des contenus pédopornographiques. Et la Hadopi examine des solutions de filtrage des réseaux au nom de la protection du droit d’auteur.

«Je ne suis pas un grand familier du monde de l’Internet» confie Nicolas Sarkozy en 2006.

La méconnaissance, l’ignorance est la source des peurs, et des réactions, les plus extrêmes. Le sentiment de perdre le pouvoir aussi (surtout ?). Alors on accuse. «Jungle », « far-west anarchique », «zone de non-droit », repère de « tarés », de « paranoïaques, de «nazis », etc. Et on cherche à surveiller, contrôler, filtrer.

En juin dernier, Jean-François Copé admet avoir « beaucoup milité » pour la loi Hadopi alors qu’il en « connaissait les faiblesses ». Avant d’indiquer : «J’ai un peu évolué sur cette question».

Cela fait plus de quatorze ans que les politiques s’acharnent à lutter contre Internet, et derrière contre les citoyens, il serait peut-être temps « d’évoluer sur la question ».

À lire :
- “Quatorze ans plus tard presque jour pour jour, et ils n’ont rien appris” (Owni)
- La Marais noire du web(Owni)

[Edito] Le jour où l’Internet chinois s’éveillera (chez nous)

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Deux fois en quelques semaines, c’est beaucoup.

C’est même trop quand il s’agit de citer comme référence les mesures de censure sur Internet appliquées par la Chine.

Cela a pu faire doucement rigoler quand le député UMP Jacques Myard a déclaré vouloir nationaliser Internet. «Les chinois l’ont fait» argumentait-il alors, tout en expliquant qu’avec «une batterie d’ordinateurs très puissants» on devrait bien pouvoir faire pareil et se protéger de la «mainmise» des Etats-Unis sur les réseaux.

Quand deux semaines plus tard, dans le New York Times, Bono cite à son tour la Chine en exemple, on ne sourit plus. On s’inquiéte. «Une décennie de partage et de vol de fichiers musicaux a montré à l’évidence que ceux qui en souffrent sont les artistes» écrit, le 2 décembre dernier, le chanteur de U2, mais surtout aujourd’hui homme d’affaires, créateur du fond d’investissement Elevation Partners qui détient notamment le magazine économique Forbesv. Partant de ce constat, il ne voit qu’une solution pour l’enrayer : surveiller les contenus sur les réseaux. «Nous savons par le noble effort de l’Amérique pour stopper la pédo-pornographie, sans parler de l’effort ignoble de la Chine pour réprimer la dissidence en ligne, qu’il est parfaitement possible de suivre le contenu».

A aucun point de vue, prendre l’exemple de la Chine, qualifié d’« ennemi d’Internet » par Reporters Sans Frontières pour son « leadership » en matière de répression sur Internet (censure, surveillance, blocage, emprisonnement, etc.), n’est défendable.

Récemment nous évoquions les craintes de Seth Schoen de l’EFF (Electronic Frontier Fondation) quant au glissement des pays démocratiques vers les pratiques chinoises en matière de contrôle et de surveillance d’Internet. «Si vous regardez les principales pratiques internationales dans ce domaine [le contrôle d'Internet], vous verrez que la Chine est fondamentalement en conformité avec la norme internationale »., expliquait en 2006, Liu Zhengrong, un officiel chinois en charge d’Internet, au New York Times. « Les principaux objectifs et les modalités d’application de nos lois sont essentiellement les mêmes ». Et Seth Schoen de s’inquiéter qu’il pourrait bientôt avoir raison au regard des restrictions sur Internet appliquées ou souhaitées, ces derniers temps, par un ensemble de pays démocratiques.

Bono a beau utiliser le qualificatif «ignoble», la référence est là. Dangereuse. Et inacceptable.

Par Astrid Girardeau

4 janvier 2010 à 20:29